| 2007/06/13 | Guy Roux |
Fier de Lens |
|
Guy Roux a décidé de faire sa révolution de 68. 68 berges, un âge où normalement on est à la retraite et on cultive son jardin. Mais lui, c'est son amour du ballon rond qu'il veut « labourer » à nouveau. Semer encore le bonheur sur cette verte pelouse qu'il a arrosée de sa passion durant toute sa longue carrière. Heureusement, d'ailleurs que Roux Guy n'est pas le président de l'UNECATEF, il serait tombé sur le paletot de Guy Roux pour non respect de la charte des entraîneurs dont l'âge limite est fixé à 65 ans. Mais il n'en a cure... Il quitte sans regret la vallée des « vermeils » pour rejoindre à nouveau celle des merveilles du football. Il a décidé de répondre aux appels de son démon de midi. Dans le Nord. Au pays des mines, Guy Roux retourne au charbon. Au RC Lens, club aux valeurs si proches des siennes. Le public sang et or s'est d'ailleurs toujours reconnu dans cet homme de terroir. La preuve, il rappelle à l'envi avoir plus d'affinités avec son grand-père maternel, paysan, qu'avec son militaire de père ! Mais à Lens, il va devoir dresser un effectif racé, lui l'éleveur de champions. Et si Gervais Martel lui a réservé un petit carré frais du côté de Bollært, ce n'est pas sans afficher quelques ambitions. Son leitmotiv « obtenir le maintien » ne sera plus de mise et on le voit mal écumer les boîtes du Pas-de-Calais afin de récupérer des joueurs égarés sur les chemins de la « déchéance » ! Duc de Bourgogne L'entraîneur, à ses débuts, était ainsi. « A la fois Père fouettard et papa poule », affirmait Lionel Charbonnier, l'une de ses ouailles. D'ailleurs, on le confesse, jamais on n'aurait imaginé Guy Roux, entré en religion à l'Abbé-Deschamps dès neuf ans, entraîneur d'un autre club que l'AJ Auxerre. Proclamé Duc de Bourgogne, il régnait sur ses joueurs comme son président Gérard Bourgoin sur ses poulets... Certainement le prix à payer pour obtenir de tels résultats avec un club de patronage ! D'ailleurs, on peut voir couler sur chaque ride qui creuse son visage comme autant de sillons de pieds de vigne de Chablis la passion qui coule dans ses veines. Pour le football. Sa région. Sa ville. Son club. Il a réussi la prouesse incroyable de hisser l'AJA de la Division d'honneur à une demi-finale de coupe UEFA ! Sous ses ordres, la vitrine du club s'est tout de même ornée de quatre Coupes de France et un doublé en 1996... Et pourtant, nul n'est prophète en son pays ! Relégué dans les coulisses, confiné à un rôle subalterne, l'AJ Auxerre n'a pas écouté les conseils des uns et des autres. Des « valseuses » ! On avait pourtant répété aux dirigeants de l'Yonne, « faut pas gâcher » le talent et la notoriété de Guy Roux. Il aurait pu porter la bonne parole du club bleu et blanc. Homme de réseau, Gaulliste, il n'hésite pas à croquer le caviar de la gauche au pouvoir, Guy Roux fait l'unanimité. Ancien « copain » de régiment de Lionel Jospin, il affirme ainsi avoir voté Sarkozy. Lui, c'est auprès de la gente féminine qu'il a reçu un maximum de suffrages. Même son célèbre et éternel bonnet vissé sur la tête et son survêtement n'ont pas fait reculer les Damoiselles. Faut dire que le pote de Gérard Depardieu a des « valseuses », n'hésitant pas à battre en brèche le grand Marcel Desailly, accusé de percevoir un cachet d'envoyé spécial en Allemagne... de sa piscine d'Aix-en-Provence ! Peut-être ne supportait-il pas que l'ancien international gagne une poignée d'euros de plus... Roux de la fortune ! Car un sou est un sou pour ce Harpagon à la casette bien fournie. Certains le surnomment même « l'euro des temps modernes » ! Alors, il engrange. Il agrandit son portefeuille dans un rôle de consultant multimédia et dans celui de fils de pub. Faut pas le prendre pour un sot, y a pas écrit la Poste là ! Ainsi, il ne gâche pas, accumule les cachets comme autant de médicaments contre la pauvreté... Celui qui était devenu un SCF (sans club fixe) paie son ISF ! On peut donc parler d'un Roux de la fortune ! A l'abri du besoin, le retour de Guy Roux sur un banc de Ligue 1 n'est donc pas affaire d'argent. Il s'agit plutôt d'une course aux records pour cet homme au fort ego. S'il a passé 45 ans (24 parmi l'élite) à l'AJA, dirigé 890 rencontres, il aimerait mettre dans le mille ! Et il espère, surtout, devenir le seul technicien à avoir remporté cinq Coupes de France ! Ce serait en tout cas une belle épitaphe sur la tombe de cet homme de c?ur qui a failli périr à cause de ce palpitant qui battait trop fort pour sa passion — il avait d'ailleurs déjà écrit son testament : « Riche paysan auxerrois qui a troqué la truelle pour un bonnet et un ballon rond, sans terre mais au palmarès inégalé »... |
|
Jean-François Malatesta |
|

